Le moment où on liquide son PER est probablement le plus important de toute la stratégie. Vous avez versé pendant 20 à 30 ans, profité de l'économie d'impôt à l'entrée, fait fructifier le capital, et soudain : capital ou rente ? La décision est définitive et chaque option a ses gagnants et ses perdants. 95 % des particuliers choisissent le capital. 5 % la rente. Pourquoi cet écart, et qui devrait faire partie des 5 % ?
Cet article ne vous dira pas « la rente est dépassée, prenez le capital » comme la majorité des contenus actuels. Il vous montrera pour qui la rente reste mathématiquement gagnante (longévité familiale, célibataire sans héritiers, besoin de visibilité absolue). Et pour qui le capital est la bonne réponse (héritiers à transmettre, besoin de flexibilité, projet précis). La décision se calcule.
Les 3 options de sortie : rappel
À la liquidation de votre PER, vous avez trois choix possibles. La décision se prend une fois, elle est définitive (sauf changement réglementaire futur).
Option 1 : sortie 100 % capital
Vous récupérez l'intégralité du PER en capital, en une fois ou étalé sur plusieurs années. Fiscalité : versements taxés au TMI du moment, gains au PFU 31,4 %. Avantages : flexibilité totale, transmission possible aux héritiers, possibilité d'arbitrer le rythme. Inconvénients : taxation lourde si vous sortez tout d'un coup (saut de TMI), risque de longévité (vivre 100 ans avec un capital fini).
Option 2 : sortie 100 % rente viagère
Votre capital est transformé en rente versée chaque mois ou chaque trimestre, à vie. Fiscalité : la rente est imposée au TMI, avec abattement de 10 % sur les revenus de retraite. Avantages : visibilité absolue, pas de risque de longévité (rente garantie à vie). Inconvénients : capital perdu pour les héritiers (sauf option réversion), pas de flexibilité, taux de conversion défavorable depuis la baisse des taux.
Option 3 : sortie panachée capital + rente
Vous récupérez X % en capital (typiquement 50-70 %) et le solde est converti en rente. Compromis : flexibilité partielle + sécurité partielle. Bon choix pour les profils prudents qui veulent une rente plancher pour les besoins de base, et du capital pour les projets et la transmission.
Les 4 critères qui décident
Sur la décision capital vs rente, quatre critères suffisent. Si tous les quatre pointent vers le capital, capital. Si tous vers la rente, rente. Sinon, panaché.
1. Votre longévité projetée
C'est le critère le plus important. La rente devient mathématiquement gagnante si vous vivez plus longtemps que la moyenne. Pour un homme de 65 ans, espérance de vie ~84 ans (19 ans). Pour une femme : ~88 ans (23 ans). Si votre famille a une longévité supérieure (grands-parents 90-95 ans), la rente devient compétitive. Si vous avez des problèmes de santé, le capital domine sans hésitation.
2. La présence d'héritiers à transmettre
Si vous avez des enfants ou un conjoint à qui transmettre votre patrimoine, la rente est moins attractive : à votre décès, le capital restant est perdu (sauf option réversion). Le capital permet de transmettre. Si vous êtes célibataire sans enfants, ce critère ne s'applique pas, ce qui rend la rente plus défendable.
3. Votre besoin de revenu garanti
Si vous avez des charges fixes importantes (loyer, soins, dépendance) et peu d'autres revenus de retraite (faible pension), la rente apporte la sécurité. Vous savez que vous toucherez X € par mois jusqu'à votre dernier jour, peu importe ce qui se passe sur les marchés. Si vous avez d'autres revenus stables (pension confortable, immobilier locatif), le capital est plus efficient.
4. Votre TMI à la sortie
Si votre TMI à la retraite est élevé (>30 %), la sortie en capital concentrée est très taxée. Étaler ou prendre une rente (avec abattement de 10 %) limite l'impact. Si votre TMI à la retraite est faible (<11 %), peu importe l'option, l'impact fiscal est limité. Le capital reste alors préférable pour la flexibilité.
Comment calculer la rente : taux de conversion en 2026
Le taux de conversion d'un capital en rente dépend de plusieurs facteurs : votre âge à la liquidation, votre sexe, le type de rente choisi (réversible ou non), les taux d'intérêt en vigueur. En avril 2026, les taux de conversion approximatifs sont :
Plus vous liquidez tard, meilleur est le taux de conversion (statistiquement, vous vivez moins longtemps après 70 qu'après 65). Plus vous êtes en bonne santé, plus la rente est défavorable (vous risquez de vivre longtemps, ce que l'assureur intègre). À l'inverse, certains assureurs proposent une rente médicale : si votre santé est fragile, le taux est plus généreux (rente plus élevée). À explorer si concerné.
Rente réversible : la nuance
Vous pouvez choisir une rente réversible, qui continue à être versée à un bénéficiaire (conjoint typiquement) après votre décès. Avantage : protection du conjoint survivant. Inconvénient : taux de conversion réduit de 0,5 à 1,5 point selon le pourcentage de réversion choisi (50 %, 60 %, 100 %). Pour un couple, c'est souvent indispensable. Pour un célibataire, sans intérêt.
La stratégie de sortie capital étalée : la plus courante
Pour 80 % des cas, la sortie en capital étalée sur 3 à 5 ans est la stratégie optimale. Mécanique : vous sortez 20-25 % de votre PER chaque année pendant 4-5 ans, ce qui lisse l'impact fiscal et évite le saut de TMI.
Pourquoi étaler
Une sortie de 250 K€ d'un coup ajoute 200 K€ de revenus imposables sur l'année (les gains restent au PFU 31,4 % uniformément). Cela peut faire passer un retraité d'un TMI 30 % à un TMI 41 % cette année-là, soit un surcoût d'IR significatif. En étalant sur 5 ans, chaque tranche reste sous les paliers et la fiscalité globale est minimisée.
Comment étaler en pratique
Lors de la liquidation, vous demandez une sortie en capital fractionnée. La société de gestion verse la somme convenue chaque année. Le PER reste en gestion sur le solde, qui continue à se valoriser pendant la période d'étalement. Avantage : capital partiellement investi pendant 4-5 ans génère de la performance supplémentaire.
Qui devrait choisir la rente : les 5 % de cas
La rente reste mathématiquement et psychologiquement défendable dans 5 cas spécifiques.
Hors ces 5 cas, le capital étalé reste mathématiquement supérieur sur 20 ans. Et même dans ces 5 cas, le panaché 50/50 est souvent un meilleur compromis que la rente pure.
La rente médicale : option méconnue
Si vous avez une santé fragile ou un diagnostic de maladie grave au moment de la liquidation, certains assureurs proposent une « rente médicale ». Le principe : votre espérance de vie réduite est intégrée dans le calcul du taux de conversion, donc la rente est plus généreuse. Pour un cancer ou une pathologie sérieuse, la rente médicale peut donner +30 à +50 % de versement annuel par rapport à une rente standard.
Démarche : demander à votre PER avant de liquider si l'assureur propose la rente médicale (Spirica, Apicil, Suravenir le proposent). Fournir le dossier médical. Comparer le taux de conversion avec la rente standard et le capital. Pour certains profils, la rente médicale est devient mathématiquement gagnante.
Questions fréquentes
Verdict : le bon choix dans la majorité des cas
Pour 80 % des particuliers : sortie capital étalée sur 3-5 ans. Permet de lisser l'impact fiscal, garder la flexibilité, transmettre aux héritiers, et redéployer le capital en AV pour amplifier le rendement. C'est la stratégie qui maximise mathématiquement le total net sur 20 ans.
Pour 15 % : sortie panachée 50-70 % capital + 30-50 % rente. Apporte une rente plancher pour les besoins de base + capital pour la flexibilité et la transmission. Compromis raisonnable pour les profils prudents.
Pour 5 % : sortie 100 % rente. Réservé aux célibataires sans héritiers avec longévité familiale, aux profils très conservateurs incapables de gérer un capital, ou aux pensions très faibles ayant besoin d'un revenu plancher.
Quel que soit votre cas : démarche concrète à 60 ans (5 ans avant la retraite). Demander à votre PER une simulation des trois options chiffrée selon votre âge et votre patrimoine. Faire calculer par un CGP indépendant. Décider lucidement, pas dans l'urgence du jour de liquidation.